La Terre, cœur de l’Univers, s'éveille au surnaturel… Janvier 2016, les méta-humains font leur apparition dans un fracas invraisemblable ; des hommes, des femmes, des enfants, personnes âgées à nourrissons, sont frappés par ce qu’on explique pas, des dons - ou une malédiction ? - qui les cataloguent comme des êtres à part entière, des faux humains, des méta-humains. Le monde entier est touché, nulle exception.

Nous sommes à LibertyTown, aux États-Unis, une ville aux grands enjeux, là où les méta-humains sont recensés en masse. Les médias s’y affolent, jouent des coudes pour avoir les derniers potins, les derniers événements marquants. Un jeu dans lequel tout le monde se plaît de participer, au point d’oublier la question essentielle à cette découverte : quel avenir pour ceux qui finiront par surpasser la race humaine ?

Lire la suite...
Actualités récentes
29/07 : Recensement & Prépa V3 ─ www
10/06 : Recrutement & Animation ─ www
30/05 : Amélioration du contenu graphique ─ www
Activité du forum
8 mois d'existence
Plus de 140 membres inscrits
148 histoires et 1181 pages RP

LE STAFF
LES PRÉDÉFINIS
LES AMIS

Metro, l'Apocalypse à vos portes : Forum RPG CHRONOSREP

That's some kind of magic [PV Ava Caldwell]

Aller à la page : 1, 2  Suivant
  • Natasha Eirenn
    Juge
    (8)90+0140750154040403015none
    id23.05.17 9:29
    (8)Volonté : 90Messages : +0Réputation : 1407$US : 50Xp : 15Force : 40Résilience : 40Agilité : 40Réflexes : 30Spiritualité : 15Astuce : noneBadges :
    avatar
    (8)90+0140750154040403015none
      25 novembre, 15h47, complexe universitaire Ward

      Ses doigts courraient sur le métal, actionnaient les outils, tournaient les vis et les engrenages, le tout avec rapidité et précision. Les gestes étaient simples, directs, optimisés. Mécaniques. Cela aurait pu la faire rire si ce n'était pas si vrai. La différence était subtile mais Natasha l'avait remarquée. Ce corps métallique ne bougeait pas comme dans ses souvenirs. Est-ce qu'elle avait changé ? Est-ce que ce n'était simplement pas elle qui, deux mois plus tôt, était assise à ce même tabouret ? Cela faisait vingt-sept jours et elle ne savait toujours pas. Son attention toujours rivée sur le moteur en face d'elle, elle tendit une main sur le côté à la recherche d'une clé de 5. Elle n'était pas là. Sa main tâtonna encore un peu mais non, la clé n'était plus là où elle l'avait laissée. Aucun doute possible à ce sujet, pourtant. Elle tourna la tête et son œil unique confirma que l'outil avait disparu. Elle se redressa et balaya le garage du regard. La salle était mise à disposition des élèves de l'université pour leurs travaux pratiques, et ils étaient actuellement une dizaine à travailler chacun sur leur projet. Natasha allait demander qui avait piqué sa clé quand elle la vit, quelques mètres plus loin, dans la main d'un autre élève. Tant pis. Elle se rassit et pris une clé anglaise. Celle-ci était lourde, et peu adaptée aux travaux de précision, mais elle pouvait compenser avec ses mouvements mécaniques.

      Pendant qu'elle laissait l'habitude travailler sur le moteur, un simple moteur de Yamaha à moitié démoli après un accident qu'elle devait réparer pour la fin de la semaine, le reste de son programme réfléchissait à la suite des événements. S.I.F. avait commencé à accumuler des informations sur la politique terrienne, surtout celle des Etats-Unis, mais cela l'avait plus embrouillée qu'aidée pour l'instant. De ce qu'elle avait compris, le pouvoir se divisait entre trois factions. Le gouvernement, qui édictait les lois et décidait comment la population devait vivre, ce qui était permis et ne l'était pas. L'armée, qui pouvait également édicter des lois et donner des ordres mais devait employer la force pour les faire respecter. Et enfin, les terroristes qui donnaient aussi des ordres et édictaient aussi des lois en utilisant cette fois la peur et la coercition. Cette répartition était nuisible aux objectifs de S.I.F. car même si elle atteignait la plus haute place d'une de ces factions, son autorité pourrait être remise en question par les deux autres. Sans compter qu'aucun des organismes concerné n'était transparent quand à la façon de les intégrer ou d'en prendre le commandement. La solution idéale aurait été de prendre le pouvoir sur plusieurs factions à la fois, mais rien ne prouvait que ce fut possible. En résumé, la politique terrienne était un chaos difficile à appréhender. S.I.F. comprenait que Natasha ne s'y soit pas intéressée plus que ça. Écho des souvenirs copiés ou erreur de programmation, elle-même n'en avait pas très envie, elle en avait seulement l'obligation.

      Elle repoussa finalement son siège et tendit une main sous son siège. Pour réparer le moteur, elle avait vidé le réservoir d'essence mais pour tester, elle avait besoin de carburant. Elle trouva du premier coup le jerrican qu'elle avait préparé et en vida une partie dans le réservoir avant d'aller mettre le contact. Aussitôt le moteur se mit à ronronner. Elle appuya sur l'accélérateur et la roue arrière se mit à tourner dans le vide. Bien, le moteur marchait. Elle n'avait pas fini pour autant, mais le plus dur était fait.
    • Invité
      Invité
      id23.05.17 15:53
      avatar
        " Félicitations ! "

        A ce stade de la conversation, une acclamation et une accolade avec un apprenti scientifique fort en bedaine, au T-shirt indiquant que dans sa tête, il commandait l'"Enterprise" - probablement l'étrange amas métallique étincelant décorant une bonne partie du tissu -, pouvait porter à confusion. Il avait la larme à l’œil et était accroché comme une moule à son rocher. L'esprit mal placé aurait immédiatement vu un déficit clair de relation sociale rapprochée avec la gent féminine.

        " Putain, on l'a fait ! " renifla-t-il, la larme à l’œil et le visage dans le giron de la blonde platine.

        " Tu l'as fait. " corrigea-t-elle, en lui caressant les cheveux avec une attention que son visage laissait apparaître comme presque maternelle.

        Il releva le visage.

        " T'as quand même ... "

        " ... Posé des questions. " l'interrompit-elle, en se dégageant pour récupérer un moleskine constellé de post-its et d'un autocollant d'une étoile à cinq branches déformée au centre de laquelle résidait un œil enflammé.

        " Non, non, non ! " ré-attaqua le jeune homme, " T'as complètement orienté le truc ! "

        Il se laissa aller à tapoter la machinerie infernale qui résidait sur la paillasse, construite à partir d'une cocotte-minute des années soixante couplée à une cloche en verre, à un vieux Nokia 3310 et à toute une myriade de pièces détachées de sources hétéroclites et difficilement identifiables.

        " Tu ne crée pas une machine comme ça en posant des questions ! C'est du génie ! "

        " C'est une pomme de terre cuite. "

        " Une patate chaude et froide en même temps ! Une patate quantique ! "

        " On se calme ... C'est avant tout une pomme de terre instantanément cuite. " corrigea l'Ava en soulevant le couvercle de la cocotte minute pour aller se saisir de la patate - curieusement coulante de beurre -  et la croquer. " ... Tu as inventé une machine à faire des pommes de terre sous la cendre sans les cendres ! "

        L'étudiant bedonnant était abasourdi. Il ne savait quoi répondre à ce qui devait être le détournement de découverte scientifique le plus improbable depuis que l'Internet militaire avait été ouvert au public ...

        " Je ... C'est complètement surréaliste. "

        " C'est surtout délicieux. Tu en veux un bout ? "

        Adepte de théories loufoques et nourris aux références de science-fiction, le pauvre geek ne put s'empêcher de demander :

        " ... Dis-moi, t'es pas une extraterrestre au moins ? "

        Ce à quoi l'Ava répondit du tac-au-tac :

        " Définis "Extraterrestre" ? "

        Un détournement de plus qui ne fit que renforcer les soupçons.

        " Euh ... Jolie fille d'une autre planète qui s'écrase en vaisseau en se faisant passer pour une humaine avec des connaissances scientifiques qui défient tout ce qui a été établi jusque là pour essayer de retourner sur sa planète ... ? "

        L'Ava Caldwell interrompit sa dégustation, plongea son regard dans le sien avec une morgue troublante ... Avant de rétorquer, avec une honnêteté désarmante :

        " Alors non. J'adore les maths et on m'a diagnostiqué un trouble d'anxiété généralisé et des traces de schizophrénie résiduelle. Je dois prendre des médicaments. Ça doit être pour ça. "

        " Ah ... " émit le garçon confus, " Je suis désolé ... "

        " Et moi donc ... " rétorqua-t-elle en glissant ses affaires dans sa besace puis en attrapant la clé de 5, " ... Bon, j'y vais. T'as mon numéro en cas de besoin. "

        Et, en effet. Elle s'en alla, non sans reposer au passage la clé de 5 à la table d'une ingénieure apparemment spécialiste de la mécanique.

        Cela se voyait à l'assemblage pétaradant entraînant une roue devant laquelle elle était installée.

        A ce stade-là, une personne normale aurait compris qu'il devait y avoir un lien, même éloigné, avec l'industrie motocycliste, ou bien quelque chose qui pouvait s'y apparenter. Même si cela n'était pas vrai, le spectateur aurait passé son chemin en s'en persuadant envers et contre tous.

        Une chose qui ne venait même pas à l'esprit de l'Ava Caldwell, piégée d'elle-même dans ce centre de connaissances terriennes comme une ourse chez un apiculteur.

        Enfreignant toutes les lois de la bienséance la plus élémentaire, l'Ava Caldwell avait donc déposé sa besace et ressortit son moleskine accompagné d'un stylo. Elle n'avait d'ailleurs pas perdu de temps pour commencer à griffonner quelque chose, le tout, avec la subtilité d'un espion industriel soviétique.

        Evidemment, la curiosité aidant, il ne fallut pas beaucoup de temps pour que l'Ava entreprenne de questionner l'ingénieure en question, sans même prendre véritablement le temps de la regarder, pour se laisser plutôt aller à un courtois :

        " Excuse-moi ... C'est quoi ça ? "

        Rapide, efficace et probablement peu éloigné, vu la démarche de documentation méthodique, d'un "Tu permets que je dépose le brevet ?". Ou bien, peut-être que cela était simplement de la curiosité intellectuelle à tendance proprement inquisitrice.
      • Natasha Eirenn
        Juge
        (8)90+0140750154040403015none
        id25.05.17 2:24
        (8)Volonté : 90Messages : +0Réputation : 1407$US : 50Xp : 15Force : 40Résilience : 40Agilité : 40Réflexes : 30Spiritualité : 15Astuce : noneBadges :
        avatar
        (8)90+0140750154040403015none
          Elle ne tourna pas la tête en entendant la clé regagner sa place, entre autre parce qu'elle n'avait pas entendu. Le moteur tournait encore, Natasha ne le coupa qu'après. La partie électronique traînait sous la table, elle se pencha pour la ramasser et la remettre en place. D'abord le changement de vitesse. La partie mécanique avait déjà été remise en place, chaque vitesse existait, mais rien ne permettait de passer de l'une à l'autre. Elle vérifia l'état de chaque composant avant de les remettre en place, laissant de côté ceux qui semblaient abîmés. Elle ne tenait pas compte de la silhouette, cachée dans son angle mort, qui prenait des notes sur le moindre de ses gestes. Au final, seules quelques composants étaient défectueux. Natasha n'avait pas de quoi les remplacer sous la main mais elle pouvait déjà faire quelques raccordements de fortune pour les ignorer et faire un premier test. Si elle arrivait à passer un cran, elle considérerait ça comme une réussite. Elle activa le changement de vitesse et, après avoir un peu résisté, la chaîne sauta un cran.

          "Oui !"

          Elle leva un bras en signe de victoire juste au moment où l'inconnue manifestait sa présence. Sur l'instant, elle ne réagit pas. Elle avait entendu la question mais ne savait pas si elle lui était adressée. Même en repassant l'enregistrement, S.I.F. ne trouva aucun marqueur évident qu'elle était visée. Dans le doute, elle pivota rapidement sur elle-même en ramenant le bras contre la poitrine. Oui, il y avait bien quelqu'un. S.I.F. maudit une fois encore la machine stupide qui l'avait assemblée avec un œil en moins. Beaucoup trop d'angles morts.

          "Euh…"

          Elle tenta de suivre le regard de l'inconnue. Celle-ci, clairement pas une étudiante, fixait le moteur. Désossé comme il était, ce n'était qu'un bloc de métal informe lié à une roue qui tournait dans le vide. On devinait la forme de la moto, mais beaucoup de pièces manquaient. Peut-être l'inconnue n'avait-elle pas reconnu les formes ? De toute façon, Natasha ne faisait rien de mal et elle n'avait rien à cacher.

          "C'est juste un moteur de Yamaha que je retapes pour un TP. Il sort tout droit de la casse, toute la moitié gauche était complètement enfoncée, il a fallu refaire presque toutes les pièces. C'est pratiquement un nouveau moteur, à ce stade."

          S.I.F. pouvait déjà sentir qu'elle s’emballait, parlant bien plus que de raison. Son esprit informatique trouvais l'inconnue suspecte mais elle ne faisait pas le poids face à l'enthousiasme de Natasha.

          "Ce n'est pas encore tout à fait terminé, je n'ai pas testé l'étanchéité de la chambre de combustion, mais le moteur arrive à entraîner la chaîne. Avant de vérifier la sécurité, je veux être certaine que toute la partie arrière marche, et ça inclut aussi le changement de vitesse. Tous les disques sont là – elle passa un doigt le long des cercles crantés, au cœur de la roue – et la chaîne s'y emboîte bien, mais le passage d'un disque à l'autre – elle souleva la chaîne jusqu'à la faire tomber sur un disque plus étroit – est encore laborieux. Je pense qu'une partie du mécanisme est tordu, même si je n'ai pas quelle pièce précisément. Ça peut aussi venir de ma réparation, j'ai volontairement simplifié le mécanisme pour tester plus rapidement, mais cela ne peut pas être la seule raison, ça ne coincerait pas autant."
        • Invité
          Invité
          id25.05.17 13:00
          avatar
            " Fascinant. " commenta laconiquement l’Étrangère, véritablement concernée, dans tout les sens que pouvait revêtir le mot quand on était concentré à annoter un cahier à l'apparence de journal intime de lycéenne gothique.

            Pour tout dire, l'Ava Caldwell n'avait pas la moindre connaissance en mécanique. Elle n'avait pas la moindre connaissance pour ce qui était de l'opération des moteurs à combustion interne ou même de l'opération des véhicules terriens en général, sinon que cela était - comme beaucoup de choses sur ce plan, en fait - "fascinant", pour tout motif que cela ait pu devenir dans ses opérations sociales vis-à-vis des locaux.

            " C'est bien la première fois que je vois un "moteur", " annonça-t-elle avec un détachement réel du terme, " je ne pourrais pas commenter sur la qualité de la réparation ... "

            Non, elle ne pourrait pas. Elle était trop occupée à le croquer avec la minutie artistique qui pouvait animer un Léonard de Vinci au moment d'esquisser une arbalète, avec sa cohorte d'annotations vaguement cunéiformes, ceci étant, l'Ava n'était pas sans avoir son expérience des "choses qui allaient de travers". Elle n'était pas l'une de ces "handicapées de la vie" comme certains péteux aimaient à désigner les jeunes avec dépréciation. Ce devait être plus fort qu'elle ; cela devait la suivre comme une aura : en dépit de son apparence, elle ne collait pas avec une étudiante lambda - trop curieuse, pas assez pantouflarde - ni avec une professeur lambda - trop distraite -. L'Ava Caldwell était une mouche dans un verre de lait.

            Une mouche plus occupée à siroter le lait qu'à déféquer dedans, par ailleurs.

            Elle posa le cahier encore ouvert sur la table, son crayon marquant la page, avant de jeter un oeil dans la machinerie que d'aucun natif de son plan aurait considéré comme démoniaque. Il aurait été dur de les en blâmer : le moteur sentait fort, il était bruyant et il était peuplé de chaînes et d'engrenages semblables au matériel que l'on utilisait pour la question de gens suspectés de sorcellerie.

            Croyez-le ou non, l'Ava Caldwell en savait quelque chose. Elle avait vécu, avant de traîner dans des salles d'expérimentation universitaires humaines, à osciller entre les moteurs de motocyclettes et les cocottes-minutes expérimentales.

            " ... Ceci étant, si l'expérience m'a appris quelque chose, c'est que l'opération d'un quelconque processus par un être sensible est fondamentalement corruptible par ce même sens commun qui en fait une redoutable machine d'adaptation. On ne sous-estime jamais le facteur sensible. "

            Son regard se balada sur la machinerie, mais également sur la table, sur les instruments utilisés. Une simple analyse et un rapport empirique entre la taille de clé utilisée initialement et les variables à ajuster dans le moteur suffirent à ouvrir une piste. Mauvais outil, risque accru.

            " Peut-être que ça vient du fait que tu as voulu faire au mieux avec ce que tu avais sous la main à ce moment-là. " essaya la chroniqueuse inquisitrice, " Ça, et une réduction du champ visuel remettant en cause la perception tridimensionnelle de l'ouvrage. "

            Tout était dans le tact.

            Ce qui l'amena, évidemment à rebours, à devoir prouver que si elle était une éternelle intellectuelle qui pouvait apparaître comme ayant un manque de doigté terrifiant, elle n'en était pas moins elle-même sensible.

            " Je suis désolée d'ailleurs, pour ton œil. C'est horrible, ce qui a dû arriver, et j'admire la résilience qui t'a poussé à te mettre à la rénovation de ce moteur. Mais je ne peux pas occulter la probabilité que le problème trouve son origine là-dedans. "

            Elle essaye. Elle essaye.
          • Natasha Eirenn
            Juge
            (8)90+0140750154040403015none
            id26.05.17 9:28
            (8)Volonté : 90Messages : +0Réputation : 1407$US : 50Xp : 15Force : 40Résilience : 40Agilité : 40Réflexes : 30Spiritualité : 15Astuce : noneBadges :
            avatar
            (8)90+0140750154040403015none
              "… Quoi ?"

              La remarque innocente de l'inconnue, lâchée comme un rien, coupa net le monologue de Natasha. N'importe quelle autre phrase serait passée inaperçue. En fait, sans les efforts de S.I.F. pour résister à sa passion dévorante, Natasha n'aurait même pas remarqué que l'inconnue avait parlé. Il avait fallu que le mot "moteur" soit prononcé pour qu'elle fasse vraiment attention. Et grand mal lui en prit. Jamais vu de moteur ? Elle n'avait jamais ouvert un capot pour regarder ce qu'il y avait dessous, jamais vu une moto à l'ancienne sans carlingue plastique, jamais… jamais ? D'où est-ce qu'elle venait ? Et qu'est-ce qu'elle faisait dans le garage ? S.I.F. tenta d'organiser les questions éparses qui fusaient dans l'esprit de Natasha, d'en faire un discours cohérent, mais elle fut prise de vitesse quand l'inconnue se désintéressa du moteur pour tourner le regard vers les outils.

              "… … Quoi ?"

              Cette fois la question venait autant de S.I.F. que de Natasha. Le facteur sensible ? Machine d'adaptation ? Elle n'avait absolument rien compris. Natasha avait toujours été un peu lente, tout ce qui n'était pas de la mécanique devenait vite trop compliqué pour elle. Ce n'était plus le cas grâce aux circuits ultra-performants de S.I.F., mais elle gardait ses lacunes. La philosophie, l'importance du facteur humain, l'éthique et la moral, elle ne s'y était jamais intéressée et tout ça lui passait un peu au-dessus de la tête. Elle comprenait les bases, et encore, si elles étaient expliquées avec des mots simples. Dans ce cas précis, elle ne savait même pas de quoi on lui parlait.

              Par contre, quand l'inconnue commença à parler de son œil, là, elle comprit. Le revêtement synthétique de S.I.F. avait du mal à copier les changements de couleur de l'épiderme humain, aussi ne rosit-il que légèrement au niveau des joues. Sans ça, il serait devenu cramoisi. La retenue de l'androïde lui permit de ne pas interrompre l'inconnue, qui s'enfonça encore plus, mais dès qu'elle put en placer une…

              "Rien à voir ! C'est pas un œil en moins qui va m'empêcher de réparer un simple moteur à explosion ! C'est la base, je fais ça depuis que j'ai douze ans ! – Faux, mais S.I.F. avait du mal à contenir les émotions de Natasha – Je pourrais le réparer les yeux fermés si je voulais, un œil en moins ça change rien ! – Faux et faux, enfin S.I.F. le pensait. Elle n'avait jamais essayé, en fait.

              Pour prouver ses dires, Natasha se saisit du moteur et le fit pivoter sur la table pour mettre en évidence le système d'embrayage. Son doigt se posa d'abord sur le premier boîtier informatique, éventré et rempli de câbles entremêlés.

              "Regarde, là, là et là, j'ai fait des raccordements pour ignorer les résistances abîmées. Comme ça le courant passe mais à une trop forte intensité, ce qui est mauvais pour le rotor ici qui déplace la chaîne sur les axes. Il chauffe trop, pousse trop fort et perd en précision. En plus – elle décala le doigt vers un autre boîtier, entièrement vide. Son contenu gisait quelque part sous la table, elle n'avait pas encore vérifié qu'il marchait et préférait ne pas le réinstaller pour l'instant – un second mécanisme ici est supposé faciliter le passage des vitesses en décalant les engrenages à l'opposé de la roue. Les chaînes de moto – elle glissa un doigt le long de celle-ci, le couvrant de graisse noire et épaisse. S.I.F. trouvait ça dégoûtant, il était temps qu'elle se calme – sont conçues pour plier dans un sens seulement, elles font des ronds mais on ne peut pas les tordre sur les côtés. Sans le décalage des engrenages, on se retrouve à avoir les engrenages alignés aux roues avec au milieu le contrôle des vitesses – Retour au premier boîtier. S.I.F. luttait pour se calmer, mais l'amour-propre de Natasha avait été attaqué directement – qui est décalé et pousse sur la chaîne. Ça génère des frottements, ça ralentit la chaîne et ça gêne le passage d'une vitesse à l'autre. Tu vois ? Rien à voir avec mon œil ! C'est pas mal fait, c'est juste pas fini ! Laisse-moi une heure, le temps de tout finir, et tu verras, ce sera nickel !"

              N'ayant plus rien à dire, Natasha reprit enfin son souffle, haletante. Un réflexe inutile, S.I.F. avait un faux système respiratoire très performant, mais les habitudes humaines la rendait plus crédible dans son rôle. Si Natasha devait haleter, qu'elle le fasse. Cela lui laissa en prime le temps de se calmer et de reprendre le contrôle.

              "Pardon. J'aurais pas dû m'emporter comme ça, c'est juste… C'est un sujet sensible. Mon œil. Ça ne fait pas longtemps et je ne suis pas encore habituée."

              Vrai. Pour une fois.
            • Invité
              Invité
              id26.05.17 12:35
              avatar
                " Ce n'est pas un problème. " l'assura de manière cryptique l'arrivante, " Je n'avais aucune volonté de rouvrir une blessure - sans mauvais jeu de mot -. "

                Elle porta son index à la balafre qui parcourait sa joue gauche.

                " J'ai moi-même ... comment dire ... "face-checked" une lame de quarante-sept pouces, avec un brin trop de confiance en mon épiderme. " confia l’Étrangère, avec un sourire et des guillemets volantes autour de ce terme "jeune", avant de récupérer son cahier pour recommencer ses gravures d'allure toute hermétique.

                " Il semblerait que cet éclat ait permis de mettre en lumière les défaillances de ce dispositif, cela dit. " continua-t-elle, " Je m'incline ainsi devant la technicité de la chose et suit bien heureuse de ressortir grandie de cet exposé. Je suis néanmoins désolée de constater que cela ait pu causer de l'inconfort. Ce n'était certainement pas l'intention qui m'animait. "

                En effet, l'intention qui l'animait était bel et bien la flamme de la découverte, et la volonté à peine déguisée de savoir comment fonctionnait ce moteur à explosion, afin de déterminer comment reproduire une telle technologie. C'était un intérêt scientifique, aussi étonnant que cela aurait pu paraître pour une ancienne spécialiste de la magie si éminente. Un intérêt qui motivait une proposition aux allures de demande toute cavalière et à peine - à peine - intéressée.

                " Si cela n'est pas trop demander, j'aimerais pouvoir assister dans cette restauration. Cela représente une première pour moi, et j'aimerais profiter de cette occasion pour pouvoir guérir cette ignorance qui doit sûrement paraître crasse. "

                C'était brusque, et si cela était certainement bien formulé, d'un strict point de vue grammatical, phonétique et pragmatique - sans même aucune entorse à aucune maxime de Grice -, cela n'en demeurait pas moins d'une sécheresse et d'un direct assez confondant. Qu'importait, le savoir était une richesse, et l'Ava Caldwell savait reconnaître cette richesse. Que cette femme - jeune femme ? - soit en mesure de ré-assembler cette machinerie occulte sans assistance oculaire ou non, le simple fait que cette perspective soit envisageable demeurait une incroyable source de renseignement et de connaissances. Une source autrement plus directe et exploitable qu'une série d'autocuiseurs branchés en série ou la connaissance des origines d'un œil manquant - duquel l'Ava Caldwell se souciait comme d'une guigne ! - : savoir comment fonctionnait un moteur, c'était mettre la main sur tout un pan de la technologie terrienne ; c'était se rapprocher peu à peu du Graal ; c'était apporter une pierre angulaire au Magnum Opus que pouvait représenter cette chronique d'un monde si radicalement différent de tout ceux qu'elle avait pu aborder jusqu'ici !

                " Si cela ne paraît pas trop cavalier, évidemment ... " ménagea-t-elle, avec une très mauvaise improvisation de gène sociale relative à la "brûlure d'étapes" dans une relation ou vis-à-vis du "passage du coq à l'âne", entre l’œil manquant et sa requête, " Je suis d'une curiosité assez insatiable envers la mécanique depuis que j'ai mis les pieds aux Etats-Unis, et il est rare de pouvoir aborder des experts à l'ouvrage ! "

                Un garage ? Un garage ? Qu'est-ce que c'était donc que ce genre d'endroits ? Oh, non, l'Ava Caldwell n'en avait que faire ! D'ailleurs, elle le montrait avec assez de ferveur. Elle en avait si peu à foutre qu'elle venait de snober une occasion probablement unique de se rapprocher de quelqu'un, de se faire une "copine de blessure dans la zone oculaire générale"... Ah, une relation sociale !
              • Natasha Eirenn
                Juge
                (8)90+0140750154040403015none
                id27.05.17 13:53
                (8)Volonté : 90Messages : +0Réputation : 1407$US : 50Xp : 15Force : 40Résilience : 40Agilité : 40Réflexes : 30Spiritualité : 15Astuce : noneBadges :
                avatar
                (8)90+0140750154040403015none
                  Maintenant qu'elle était calmée, qu'elle n'avait plus à se concentrer sur le contrôle de ses émotions, S.I.F. put faire un peu plus attention à l'inconnue. Outre sa cicatrice au visage, assez marquée mais qui ne semblait rien avoir abîmé d'important, aucun élément de physique ne sortait de la norme. Sa façon de parler, en revanche, était étrange. Ça sonnait… ancien. Comme un vieux livre écrit un siècle plus tôt. Très soutenu, presque un peu pompeux. Aux antipodes de ce que Natasha avait l'habitude d'entendre. Que ce soit dans sa famille, ses amis, ou les autres étudiants qu'elle voyait au quotidien, les littéraires étaient rares. Pas que ce soit désagréable à entendre, juste… bizarre.

                  "Hein, Oh, euh, non, c'est pas grave. La plupart des gens évitent juste le sujet, j'ai pas l'habitude qu'on soit aussi direct à ce sujet. C'est pas si grave, au final, je suis sûre que je finirais par m'habituer."

                  Elle passa une main sur sa nuque. Ça dérangeait Natasha de parler de ça, elle voulait juste changer de sujet. Que ce soit pour mettre le doigt dessus ou pour s'excuser, l'inconnue avait l'air très intéressée par son œil. Ou son non-œil. En tout cas, elle sauta sur la première occasion de parler d'autre chose.

                  "Euh… Si tu veux, mais ça va pas être très passionnant. Le gros des réparations est fini, je vais juste aller chercher quelques pièces neuves et ce sera terminé. Des résistances, quelques câbles, je branche tout au bon endroit et c'est tout. En plus ça risque pas de t'apprendre grand-chose, c'est plus de l'électronique, et pour le coup à part savoir quel composant sert à quoi, ya pas grand-chose à en dire. Je pourrais te démonter le moteur et te montrer comment c'est dedans après, si tu préfères."

                  En disant ça, elle se baissa pour récupérer les derniers composants qui traînaient sous la table. Les résistances d'origine avaient été bazardées depuis longtemps, complètement broyée par l'impact, et le boîtier de vitesse allait sans doute connaître le même sort. Pour le tester, Natasha ramassa une mini-batterie et un ampèremètre multi-fonctions qui traînaient au milieu des autres outils.

                  "Pour l'électronique, ya pas trente-six choses à vérifier pour savoir si un composant fonctionne. Est-ce qu'il laisse passer le courant, trop, pas assez, et si il est supposé faire quelque chose, est-ce qu'il le fait. Pour ça on le branche direct sur la batterie, on met l'ampèremètre pour avoir les données d'intensité, de tension et de puissance, puis on allume la batterie."

                  Elle joignit la parole aux actes, isolant un transistor. Des chiffres apparurent sur l'appareil de mesure, et un rapide calcul mental confirma qu'ils étaient bons. Pas besoin de changer le transistor.

                  "Je vais pas t'expliquer comment tout calculer, de toute façon chaque composant a ses propres valeurs qu'il faut soit connaître, soit avoir marqué dessus. Les calculs c'est la partie chiante, si vraiment ça t'intéresse ça se trouve assez facilement sur Internet."

                  Elle débrancha la petite pièce et en mit une autre à la place. Un régulateur de tension, cette fois. Et d'après ce qu'elle lisait sur l'ampèremètre, complètement défoncé. Elle le retira sans ménagement du circuit et l'expédia dans une poubelle voisine. Son tir digne d'une star de basket amateur fut acclamé par un sifflement, quelque part dans le fond du garage. De son côté, Natasha resta un instant immobile avant de se tourner à nouveau vers la table.

                  "Ouais, c'est assez chiant, en fait. Je vais te montrer l'intérieur du moteur, c'est plus intéressant. Tu peux me passer la clé de cinq s'il te plaît ?"

                  Elle se redressa et fit basculer le moteur sur le flan, exposant les rivets et sécurités qui maintenait le tout en un bloc compact. Pour désosser, il faudrait commencer par là.

                  "Au fait, c'est quoi ton nom ? Moi c'est Natasha."


                  Ce genre de salutation aurait dû être accompagné de quelque chose. Une poignée de main, une accolade, au moins un regard en face. Mais trop tard, quand elle était lancée sur ses bricolages, Natasha ne faisait plus attention à rien malgré les efforts de S.I.F. pour se discipliner.
                • Invité
                  Invité
                  id29.05.17 11:58
                  avatar
                    " ... Mais appelle-moi Ava. Ava Caldwell, c'est plus simple. "

                    Il y avait un son précédant cette fin de phrase, un début comme " Je m'appelle ... " et puis une espèce de combinaison de sons étranges. Rien de bien terrible, rien qui ne soit en mesure de déclencher des crises de folie paranoïaque subite par leur seule improbabilité discordante, mais quelque chose que n'importe quel terrien normalement constitué pouvait souligner - et quelque soit sa langue natale - comme "quelque chose qui n'est définitivement pas du coin". Pour les Américains, ça sonnait comme tout droit sorti d'Europe de l'Est ... Pour l'Europe de l'Est ? Comme une espèce d'absurde dialecte d'Asie Centrale ... Pour l'Asie Centrale ?.. Difficile à dire, puisque l'Ava n'avait pas rencontré d'individu d'Asie Centrale.

                    Toujours est-il que pour ce qui était de l'improbabilité phonologique de son nom, l'Ava Caldwell boxait dans la même catégorie que les Gallois et les Irlandais.

                    Et tout cela, en tendant la clé de cinq avec le professionnalisme d'un assistant chirurgien en bloc opératoire.

                    Evidemment, elle avait également noté tout ce qui avait été dit et tout les conseils qui lui avaient été prodigués. Aller voir sur Internet ? Bien, ce serait fait - quelle fabuleuse invention ! -. Un appareil destiné à mesurer le courant ? Bien, ce serait trouvé. Le plus fou dans tout cela, c'était peut-être que c'était en effet les calculs qui intéressaient le plus sérieusement l'Ava Caldwell : c'était bien la partie avec laquelle elle était la plus familière !

                    Oui, car après tout, on était là entre personnes professionnelles et efficaces, à défaut d'être sociables. Il n'y avait pas besoin de faux signes d'attention, pas besoin de bise mièvre ou de poignée de main virile pour savoir que c'était le travail de l'esprit sur la matière qui motivait les gens à cette table. C'était tout juste si l'Ava Caldwell ressentait le besoin de connaître le nom de cette mécanicienne !.. Grands Dieux, c'en était même comme si ce sifflement vulgaire dérangeait plus l'extraterrestre - dans un sens qui n'incluait pas l'espace - qu'autre chose. Ce fut d'ailleurs un aspect qu'elle ne manqua pas de faire savoir en fusillant du regard l'occupant dissipé à l'origine de ce gaspillage discordant de dioxygène.

                    Non, les exigences de la "jeune femme" - pour tout ce qui en était visible - étaient bien plus désintéressées que tout ce qui était imaginable pour ce qui était en soit une intruse dans ce lieu de savoir, et elle ne manqua d'ailleurs pas de le formuler.

                    " Pourrais-je te demander d'aller un brin moins vite ? J'espère que cela ne te dérange pas, mais j'essaye de reporter tout cela au mieux et de la manière la plus détaillée possible. "

                    Elle leva son stylo d'un air désolé,

                    " Je dessine aussi vite que possible, mais je ne suis malheureusement pas une machine ... " déplora-t-elle.
                  • Natasha Eirenn
                    Juge
                    (8)90+0140750154040403015none
                    id30.05.17 0:01
                    (8)Volonté : 90Messages : +0Réputation : 1407$US : 50Xp : 15Force : 40Résilience : 40Agilité : 40Réflexes : 30Spiritualité : 15Astuce : noneBadges :
                    avatar
                    (8)90+0140750154040403015none
                      Le nom qui fut prononcé était incompréhensible, Natasha n'avait jamais rien entendu de pareil. Elle aurait été incapable de le répéter avant, et même avec les cordes vocales synthétiques de S.I.F. ce serait difficile. Elle ne pouvait pas l'oublier mais elle n'en tint pas compte. Ava Caldwell ferait très bien l'affaire. Elle saisit la clé avec un hochement de tête, autant pour la clé que le nom. Natasha ne s'intéressait qu'à l'outil et à sa machine, S.I.F. devait se concentrer pour faire un tant soi peu attention à Ava. Avec la clé, elle commença à détacher le revêtement extérieur du moteur jusqu'à ce que la spectatrice l'interrompit. Elle s'immobilisa, et elle aurait à nouveau rougit si c'était possible. Oui, tout le monde n'était pas une machine comme elle. Elle était vraiment devenue si rapide que ça ?

                      "Oh, euh, ouais, pardon ! Quand je parles mécanique je me contrôle plus, c'est plus fort que moi."

                      C'était le cas de le dire. Elle avait beau essayé de s'en empêcher, S.I.F. se laissait emporter par l'enthousiasme de Natasha. Elle n'avait presque aucun contrôle sur elle-même. D'un autre côté, c'était normal, c'était humain. Est-ce qu'elle se ferait cette remarque si elle était humaine ? Si elle était Natasha ? Trop compliqué… Natasha n'était pas douée pour la philosophie, et S.I.F. n'était pas programmée pour ça. Trop de questions, et aucune idée pour trouver leurs réponses. Trop absorbée par ses errances mentales, Natasha travaillait encore à toute vitesse. Elle s'écarta d'un coup du moteur.

                      "Pardon ! J'ai dit que je ralentirais et au final j'ai été encore plus vite… Bon, j'en suis où… Ah, oui. Ce que tu vois là – elle tapota le métal avec une phalange – ce n'est pas le moteur, c'est juste un revêtement de protection. Les différentes pièces du moteur sont déjà fixées entre elles, il n'y a pas besoin de plus et sur certains modèles, le moteur est apparent. Sur les modèles récents, cependant, ils aiment bien ajouter une couche de sécurité supplémentaire. C'est plus résistant mais il faut l'enlever pour accéder aux parties intéressantes. Là j'ai presque fini, attends deux secondes…"

                      Elle s'attaqua aux derniers boulons, sans se presser. Si elle traînait trop, ce serait aussi insupportable pour elle que pour Ava, même si cette dernière aurait tout le temps de dessiner. Quand le boulon céda, Natasha le posa de côté avec les autres puis retira délicatement le revêtement de métal pour le mettre de côté. A l'intérieur, le moteur avait des formes beaucoup moins régulières et beaucoup plus chaotiques. On devinait les pistons, les tubes, la chambre à explosion, les disques creux pour les engrenages et pour l'électronique. Natasha s'arrêta un instant, laissant à la visiteuse le temps de regarder. Ava était dans son angle mort, impossible d'estimer à quelle vitesse elle travaillait sans se tourner, et Natasha ne comptait pas quitter son travail des yeux.

                      "Voilà, ça c'est vraiment le moteur. On va pouvoir passer aux choses sérieuses. Déjà, là – elle passa un doigt sur un cercle de plastique noir qui dépassait – on voit bien l'entrée pour le carburant qui donne directement sur le réservoir. Je vais l'enlever, tu verras mieux."

                      Elle redressa le bloc de métal pour accéder aux vis, cachées dans un repli de métal. Ah, oui, c'était des vis cette fois. Elle tendit la main droite vers Ava.

                      "Cruciforme large."
                    • Invité
                      Invité
                      id30.05.17 13:17
                      avatar
                        " C'est la fougue de la jeunesse. " répondit l'Ava en souriant.

                        C'était de la nostalgie. Purement et simplement de la nostalgie dans son état le plus basique. Il était de ces moments où l'Ava Caldwell se remémorait ses jeunes années, et cette fameuse "fougue" à expliquer à des adultes sceptiques ses pratiques hermétiques.

                        Aujourd'hui, elle était comme ces adultes, comme ces "vieux croûtons". Elle était aussi ignorante et aussi facilement blasée qu'eux. Elle était comme eux, à l'exception du fait qu'elle savait qu'elle avait su. Elle savait qu'elle avait eu la capacité de le faire ; mais quoi ? impossible de se le remémorer.

                        Et cela fut marqué par un grognement subtil et passager. L'une de ces rares expression éclatante de la vieillesse cachée de l'Ava Caldwell. Elle pouvait se comporter en jeune, elle pouvait ressembler à une jeune - et avec panache, s'il-vous-plaît ! - mais son verbiage et ses mimiques se plaisaient à la trahir irrémédiablement.

                        Son grognement put passer pour un soupir, à l'extrême limite. Une réponse peut-être un peu trop explicite à cette accélération subite. Peut-être cela valait-il mieux. Peut-être cela ne ruinerait-il pas plus avant cette "couverture" qu'elle peinait à penser pouvoir se faire.

                        " Ça ne fait rien. " se reprit-elle, d'une voix lasse, sans arrêter ses croquis.

                        Elle ne s'arrêta pas non plus au moment de détailler l'intérieur et ses différents composants, une fois qu'ils furent révélés.

                        Vint cependant se poser la question du "cruciforme large".

                        Qu'est-ce qu'un "Cruciforme large" ? En se référant à la racine du mot, cela devait faire référence à quelque chose en forme de croix. Voilà une information qui ne semblait pas difficile à analyser pour quelque utilisateur d'une langue plus ou moins proche de la langue latine, et cela était le cas pour l'Ava Caldwell et son approche de la langue anglaise, dans une certaine mesure.

                        Il lui fallait donc trouver ce fameux "cruciforme large".

                        Et elle fut donc prompte à poser une question à la fois douloureusement hors-sujet et particulièrement juste, vu le contexte :

                        " Est-ce que tu es sûre que c'est le bon outil ? "

                        L'Ava Caldwell venait de tendre une clé en croix. L'objet à la fois le plus cruciforme et le plus large qu'elle avait pu trouver à portée de main.
                      • Natasha Eirenn
                        Juge
                        (8)90+0140750154040403015none
                        id31.05.17 9:37
                        (8)Volonté : 90Messages : +0Réputation : 1407$US : 50Xp : 15Force : 40Résilience : 40Agilité : 40Réflexes : 30Spiritualité : 15Astuce : noneBadges :
                        avatar
                        (8)90+0140750154040403015none
                          Natasha ne bougea pas, main tendue sur le côté, attendant l'outil. Après tout, c'était Ava qui avait parlé d' "assister". Ça voulait bien dire aider, non ? Et puis, elle lui avait tendu la clé de cinq sans rien dire quelques instants auparavant, pourquoi ça lui prenait aussi longtemps cette fois ? Est-ce qu'elle faisait la gueule ? Natasha n'avait pas été très polie, impossible de dire le contraire, mais elle n'avait pas été désagréable non plus, ça ne pouvait pas être ça… Si ? L'attente sembla longue à S.I.F., mais c'était peut-être juste elle qui allait trop vite. Elle était sur le point de répéter quand finalement, sa spectatrice se manifesta. Pas exactement de la façon attendue. Natasha resta sans voix, comme figée. C'était presque surréaliste comme question.

                          "Bien sûr que je suis sûre, il n'y a pas trente-six façons de… Oh."

                          Elle s'était retournée, découvrant la clé en croix dans la main d'Ava. Ces trucs servaient surtout pour les gros assemblages, ceux qui devaient soutenir un stress important et constant tout en étant capables de supporter un serrage violent des boulons. Roues de voitures, armatures d’échafaudages, pas un pauvre moteur de moto. La vraie question, c'était de savoir pourquoi Ava tenait ce truc. La réponse s'imposa d'elle-même et Natasha soupira. Si elle n'avait jamais vu de moteur, elle n'avait sans doute jamais vu de tournevis non plus. Elle passa une main sur son front, repoussant quelques cheveux qui pendaient devant ses yeux.

                          "Non, c'est… c'est pas ça, mais… Bon, c'est ma faute. Il me faut un tournevis à tête cruciforme large. Un tournevis, c'est… – elle en saisit deux au hasard sur la table – c'est quelque chose comme ça. Tu vois, le bout est plus étroit, il est fait pour se caler dans la rayure des vis, comme ça – elle enfonça l'outil dans une vis pas du tout adaptée, ce qui donna un résultat assez ridicule – bon, pas exactement comme ça, mais c'est l'idée. Le but, c'est que la tête remplisse entièrement la rayure, comme ça si on tourne le tournevis, la vis est obligée de tourner. Il existe plein de tailles de tournevis, et plusieurs formes. Les têtes plates – elle passa le doigt sur le bout métallique de l'outil, droit comme un I – et les cruciformes, avec une tête en croix. Là, pour les vis qui tiennent le réservoir, il me faut… – elle se pencha jusqu'à attraper le tournevis en question – celui-là. Tu voix ? Grosse tête en forme de croix."

                          Elle se retourna à nouveau vers le moteur et commença à s'attaquer aux fixations. D'abord rapidement puis, se rappelant qu'Ava prenait des notes, plus doucement. C'était ennuyeux de juste tourner le tournevis au ralenti, mais elle avait accepté de tout montrer, trop tard pour reculer. S.I.F. ne pouvait quand même pas s'empêcher de réfléchir. Ava avait dit venir d'ailleurs, mais d'où est-ce qu'elle pouvait venir exactement ? Parce qu'autant, n'avoir jamais vu de moteur, pourquoi pas, mais un tournevis ? Elle n'avait jamais monté un meuble de sa vie, jamais réparé un tiroir, jamais changé des piles ?

                          "Là, comme ça. Comme le tournevis est bien calé, la vis suit le mouvement. C'est parfois possible de tricher, de prendre des têtes plates à la place des cruciformes, mais ça marche quand même moins bien."

                          Elle enleva la première vis, puis la seconde. A ce rythme, ça devenait franchement lassant.

                          "Au fait, t'étais où avant d'arriver aux U.S. ?"
                        • Invité
                          Invité
                          id31.05.17 11:19
                          avatar
                            " Ah. Je voyais la question arriver. "

                            L'Ava Caldwell ne manqua pas de relever les yeux et de stopper ses dessins pour une poignée de secondes.

                            " Je serais très heureuse de répondre, mais je pense que le faire tout de suite poserait beaucoup plus d'interrogations que cela n'en résoudrait. " Elle reprit son dessin, montrant un vif désintérêt pour la question, " Disons que la version courte, c'est que j'ai un statut de réfugiée lié à cette cicatrice, " Elle pointa à nouveau la balafre qui traînait sur sa joue, interrompant un instant son dessin sans relever la tête, " et que je viens d'un endroit où l'électricité sert juste à griller des corps. "

                            Une définition qui collait euphémiquement à quasiment toutes les zones de guerre du globe terrestre, mais qui n'avait certainement pas cette valeur dans la bouche de la voyageuse dimensionnelle qui ne mentait pas : là d'où elle venait, on ne produisait pas l'électricité. On attendait plutôt sagement qu'une tempête se lève pour foudroyer les paratonnerres situés sur le toit, tout ça pour se tenir sur une poignée de corps rafistolés, frémissants et revenant à la vie.

                            " Si tu as du temps après ton ouvrage, on peut aller boire un verre, afin que je puisse t'expliquer tout cela en détails, mais disons que pour l'instant, j'ai peur que cela n'interrompe ton exposé de manière particulièrement grossière. "

                            L'interrompre comme dans "ébranler pas mal de certitudes scientifiques avec un "Ta Gueule, C'est Magique" des familles". Il fallait dire que c'était bien la principale solution de l'Ava Caldwell à un nombre colossal de problèmes jusqu'à une étape encore récente, et si elle s'en souvenait encore, elle aurait elle-même pu raisonner que si elle n'avait jamais su se servir d'un tournevis ou l'identifier, c'était bien parce que la notion même de vis était limitée aux presses à olives et à raisins, dans ce qu'elle avait connu jusqu'alors. Si elle avait pu être témoin de fabuleux engins vissés, les vis avaient occupé une place somme toute minime : la standardisation globale du filetage demeurait une invention typiquement terrienne nécessaire à la révolution industrielle ... Deux mots qui sonnaient très bizarrement aux oreilles d'une Ava Caldwell pour laquelle une industrie n'était qu'une très, très, très, très grosse manufacture et une révolution, un tour.

                            Bref, l'Ava Caldwell craignait réellement qu'une explication détaillée de ses origines auprès de cette étudiante borgne n'interrompe sa séance de mise à niveau technologique d'une manière particulièrement abrupte : elle demeurait cela dit heureuse de ne pas avoir eu face à elle une amatrice de linguistique qui aurait également tiqué sur le caractère étrange des différentes écritures qui composait son carnet.

                            Non, aussi curieux que cela aurait pu paraître, l'ancienne archimage était tout particulièrement heureuse d'entendre parler de toutes ces choses fascinantes qui composaient l'intérieur d'un engin à deux roues terrien autopropulsé.
                          • Natasha Eirenn
                            Juge
                            (8)90+0140750154040403015none
                            id31.05.17 22:33
                            (8)Volonté : 90Messages : +0Réputation : 1407$US : 50Xp : 15Force : 40Résilience : 40Agilité : 40Réflexes : 30Spiritualité : 15Astuce : noneBadges :
                            avatar
                            (8)90+0140750154040403015none
                              Elle marqua une pause. Natasha réfléchissait à l'idée de prendre un verre. Est-ce qu'elle pouvait boire de l'alcool ? Oui, sans doute que oui. Elle pouvait manger et boire comme avant, elle avait même faim quand elle ne le faisait pas. Enfin, "faim", pas exactement. C'était plutôt un mélange de pressentiment et de message d'alerte signalant qu'elle risquait la panne si elle ne s'alimentait pas. Sans doute qu'elle fonctionnait grâce à un fourneau interne, ou quelque chose du genre. En tout cas l'alcool devrait bien passer. S.I.F. était moins optimiste, parce qu'elle pensait à complètement autre chose. Utiliser l'électricité pour griller des corps, cela faisait forcément référence à la chaise électrique, donc à la peine de mort. Mais quel genre d'endroit utilisait l'électricité pour les exécutions sans la mettre à disposition du public ? Elle ne comprenait pas, et voulait comprendre. Elle devait réunir un maximum d'informations sur le fonctionnement politique de ce monde. Au final, elle laissa parler l'enthousiasme de Natasha sans se retenir.

                              "Va pour le verre, alors."

                              Le verdict était rendu, le sujet clôt. Il était temps de revenir au moteur, au grand bonheur de Natasha. Enfin pas tellement, il restait les vis à retirer, mais tant pis. C'était le prix à payer. Elle fit tourner le métal lentement jusqu'à avoir enlevé toutes les fixations puis reposa le tournevis et saisit le réservoir à deux mains. Il fallut encore le déboîter du reste du moteur puis elle le fit sauter, le tournant jusqu'à avoir une bonne prise, et le montra à Ava.

                              "Donc, ça c'est le réservoir. Niveau mécanique c'est pas fascinant, c'est juste comme un gros bidon pour stocker le carburant. Là – elle passa le doigt sur la valve plastifiée – c'est l'entrée, et là – elle tourna le réservoir pour montrer l'autre côté – c'est la sortie vers le moteur à proprement parler."

                              Elle posa le réservoir de côté puis retourna vers le reste. Elle pouvait enfin passer au plus intéressant. Le retrait du réservoir permettait de voir l'entrée de la chambre de combustion, mais assez mal. Surtout, c'était le moment de tout ouvrir comme une grenouille pendant un cour de biologie. Natasha piocha elle-même dans le stock d'outil, récupérant un second tournevis qui lui permis de séparer les deux moitiés du moteur. Comme il y avait une dizaine de vis à faire sauter, elle estima qu'Ava aurait le temps de faire ses dessins de toute façon et fit ça vite, révélant enfin les entrailles du moteur. Elle s'autorisa alors une pause et recula, des étoiles dans son œil.

                              "Aaaah, là c'est intéressant. Ça, c'est le moteur, le vrai. La partie la plus importante est ici – elle la pointa du doigt – la chambre de combustion. Tu peux voir qu'il y a un piston ici – elle le saisit et le fit bouger de force, actionnant tout le moteur – qui occupe presque toute la chambre et qui entraîne le reste. Ce qui se passe, c'est que le carburant entre dans la chambre par là – elle montra l'entrée – alors que le piston est enfoncé au maximum. Tu ne peux pas le voir là mais il y a une valve qui ne laisse passer le carburant que si le piston est presque entièrement enfoncé et qu'il pousse. Avec la pression à l'intérieur qui augmente, et parce que le reste de carburant est déjà en train de cramer, le carburant prend feu et gonfle à mort ! Boum ! – elle mima l'explosion avec les mains, toute excitée. Elle n'avait jamais l'occasion de parler comme ça, sans qu'on la prenne pour une folle ou une obsédée – C'est de là que vient le nom de moteur à explosion. 'Fin bref, en explosant, le carburant repousse le piston, entraînant le mécanisme là – elle décala légèrement le moteur, s'intéressant cette fois aux engrenage à l'arrière – et faisant tourner le disque ici. Tu vois, si je le tourne de force – elle joignit le geste à la parole – le piston recule puis avance. En fait c'est l'énergie cinétique du recul du piston qui lance le disque dans ce sens jusqu'à ce que le piston soit reculé au maximum. Ensuite, le disque poursuit sur son élan et repousse le piston, ce qui recréée de la pression dans la chambre de combustion, ce qui génère une nouvelle explosion, ce qui relance le piston, et cætera, et cætera. Et si tu regardes sous le disque – elle le retira complètement de son axe et le posa à côté – tu vois qu'il y en a un second fixé sur le même axe. Comme ils sont sur le même axe, si tu en tournes un, le second tourne et celui-là, quand il tourne, entraîne d'autres engrenages là – elle les pointa un à un – jusqu'à celui-ci qui entraîne la chaîne qui fait tourner la roue."

                              Elle marqua une pause pour reprendre son souffle. Ou faire semblant de reprendre son souffle. Elle s'était vraiment lâchée, cette fois. Et elle avait peut-être été un peu trop vite pour Ava, oubliant à la moitié de ses explications pourquoi elle les donnait. Elle dégaina son plus grand sourire.

                              "Ça va, j'ai pas été trop vite ? Tu veux que je répètes ?"
                            • Invité
                              Invité
                              id02.06.17 14:05
                              avatar
                                " Non, non, ça va ! " l'assura l'Ava.

                                Ce n'était pas "très joli", on n'y verrait guère de matière à reconstitution fidèle, mais le principal était là. Un schéma détaillé et propre. Un schéma remarquablement stable, même, pour ce qui était de la vitesse à laquelle il lui avait été délivré.

                                " Toute la logique qui sous-tend la construction de ce moteur est fascinante. Je m'attendais à voir quelque chose de beaucoup plus complexe. "

                                L'explication avait été rapide, certes, mais étonnamment claire - oui, même et surtout avec des pantomimes, n'en déplaise aux plus sages des professeurs -. Ce qu'il y avait à retenir de cela, pour peu que les principes de base de la technologie soient indifférents de la discipline terrienne à laquelle ils se rapportaient, c'était que le point B suivait toujours le point A, et provenait toujours de lui, d'une forme ou d'une autre, que cela soit "compliqué" ou bien plus simple. En soi, il semblait que la simplicité du modèle terrien provenait de son exceptionnelle linéarité : un mode de fonctionnement qui ouvrait le champ des possibles à tous là où les connaissances de l'Ava avait bien souvent été d'affreuses fractales de théories tarabiscotées.

                                En fait, la Terre fonctionnait si simplement qu'elle en était "débile-proof". Nul besoin d'être un maléficien génial avec une expérience passée de plusieurs décennies pour en comprendre le fonctionnement : il suffisait d'avoir envie de s'y plonger. Tout ce qui fonctionnait était explicable. Tout ce qui fonctionnait était prouvé par la science, dans une certaine mesure. Il n'y avait pas la nécessité de recevoir des années d'enseignement en philosophie pour arriver à être suffisamment humble pour accepter l'état du monde et de la nature comme il en allait. Le Terrien avait, de ce fait, l'évident défaut de ses qualités en devenant un très odieux personnage dès lors qu'il ne comprenait pas, mais le simple désir de compréhension du Terrien curieux en faisait un être particulièrement fascinant. C'était comme si le multivers avait accouché d'une race entière de bambins curieux qui s'étaient élevés au-delà de tout les autres par leur mélange de candeur rafraîchissante et d'orgueil de jeunesse.

                                Et c'était avec cette même candeur que l'Ava posa les yeux sur ses schémas, débités à la chaîne comme une machine - malgré ce qu'elle en disait - : peut-être que ses recherches étaient vaines. Peut-être qu'il n'y avait pas de magie sur Terre. Peut-être que la science avait rendu tout besoin de magie inutile. Peut-être même que la science existait car le terrien n'avait pas la patience pour la magie ? Peut-être qu'il appartenait à l'Ava Caldwell d'adopter l'approche terrienne et de redécouvrir tout cela au prisme du raisonnement enfantin des terriens. Peut-être était-il nécessaire de se replonger dans les racines de son enfance, avant ses aventures ? Peut-être que l'expérimentation était la clé ...

                                Il fallut quelque instants de plus à la Voyageuse pour émerger de sa torpeur et se rendre compte de l'absence qui avait été la sienne durant les quelques - dizaines de ? - secondes précédentes. Elle remarqua le charmant sourire de sa vis-à-vis et brisa le très gênant statu quo en répondant au sourire avec son propre sourire. C'était le genre de situation plus gênante encore qui tiraient les sonnettes d'alarmes dans les esprits de témoins : deux filles qui se souriaient, devant un établi plein de cambouis ? Il devait y avoir quelque chose !

                                " Tu es très jolie quand tu souris. " prononça simplement l'Ava, avec une sympathie qui ne trahissait malheureusement pas la neutralité du propos. Une sympathie qui pouvait rendre la chose terrifiante dans l'esprit d'un humain borné.

                                Il n'y avait aucun sous-entendu, au demeurant. L'Ava ne faisait que souligner ce qu'il y avait devant elle et qu'elle remarquait maintenant, à la lueur de conditions qu'elle n'avait pu observer jusqu'alors. Natasha souriante était très jolie, quelque chose qui manquait à la Natasha concentrée. Quelque chose qui ne supposait en rien d'un jugement de valeur mais seulement d'une constatation simple ...

                                Une observation amplement sujette à sur-interprétation, en fait. C'était l'apanage de l'honnêteté.

                                " Reste-t-il d'autres choses à savoir ? " demanda simplement l'apprenante, passant sans vergogne du coq-à-l'âne en gardant sa sympathie de visage, " Ou bien on bouge ? "

                                Indéniablement, au-delà de toutes choses, l'Ava Caldwell savait parler comme une jeune. Quelque chose de particulièrement vain, quand on venait à se pencher dessus, mais bon, c'était comme ça. Elle avait "ses kifs".
                              • Natasha Eirenn
                                Juge
                                (8)90+0140750154040403015none
                                id02.06.17 23:18
                                (8)Volonté : 90Messages : +0Réputation : 1407$US : 50Xp : 15Force : 40Résilience : 40Agilité : 40Réflexes : 30Spiritualité : 15Astuce : noneBadges :
                                avatar
                                (8)90+0140750154040403015none
                                  "Héhé, ouais, c'est vrai que c'est un peu simple. C'est clairement pas au niveau d'une montre à balancier, c'est sûr. Enfin j'ai un peu simpli…"

                                  Et là, erreur système. Elle se tût d'un coup, parfaitement immobile, son visage figé dans ce même sourire qu'Ava venait de complimenter. Elle ne savait absolument pas comment réagir. Même avec le revêtement synthétique incapable de rougir en guise de peau, la gêne était évidente. Natasha ne savait pas comment gérer ce genre de commentaires. De manière générale, les relations sociales, ce n'était pas trop ça. Les blagues, les discussions de geek, ça allait, mais il ne fallait pas aller plus loin. Surtout que les compliments… Elle avait plus l'habitude d'être "bizarre", "crade" avec ses doigts pleins de cambouis ou éventuellement "sympa" pour ne rien dire de plus. Pas "Jolie". Et si Natasha ne savait pas comment réagir, ce n'était certainement pas S.I.F. qui saurait plus. Elle n'avait pas de protocole pour ça, juste l'incompétence crasse de Natasha. Au final, après de longues secondes de silence, elle se replia sur la seule solution sûre : faire comme si elle n'avait pas entendu.

                                  "C'est vachement plus compliqué en vrai ! Tiens, regardes, je t'ai pas montré, mais ya d'autres pistons ! En fait chaque tube est une chambre de combustion, pas juste celui-là ! Ils sont chacun connectés à un disque différent mais comme ils sont tous sur le même axe, ils tournent tous ensemble ! Et comme ils sont légèrement décalés, les pistons sont jamais à la même position en même temps ! Comme ça, ya une chaîne d'explosion qui garde le moteur en mouvement en permanence ! Et plus il y a de cylindres, plus il y a d'explosions pour un seul tour, ce qui augmente la vitesse de rotation de l'axe central et donc de la roue ! Puis regarde, ya aussi un système pour séparer la roue du moteur ! Comme ça, on peut arrêter la roue sans avoir à arrêter le moteur ! Ça permet de freiner sans avoir à couper le moteur pour le redémarrer derrière, vu qu'il faut vachement plus de carbu pour redémarrer que juste garder le moteur en marche !"

                                  Cette fois plus question d'aller lentement, Natasha voulait juste changer de sujet. Se changer les idées. Ne pas penser du tout. Elle parlait à toute vitesse, ses doigts volant d'une pièce à l'autre pour accompagner la démonstration. La mécanique, il n'y avait que ça de vrai pour empêcher Natasha de penser. Dommage que ça marche moins bien sur S.I.F., qui cherchait toujours comment traiter ce qui venait de se passer. Après tout, c'était peut-être anodin. Ava n'avait pas l'air d'y accorder grande importance, ni d'attendre de réponse à ce sujet. Puis elle avait juste dit qu'elle était "jolie", ce n'était pas grand-chose. Une montre c'était joli. Une voiture c'était joli. Un roulement à bille c'était joli. Rien de grave. Une fois encore, elle s'était laissée emporter par Natasha. Il fallait qu'elle se calme. Elle serra les doigts, ferma son œil, et resta immobile quelques secondes. Ça marchait encore assez bien, S.I.F. ne savait pas trop pourquoi. Peut-être un effet psychologique, sa conscience copiant les effets gravés dans sa mémoire. Elle se détendit et lâcha un soupire.

                                  "Pardon. Euh… Ouais, si t'as d'autres questions faut pas hésiter mais sinon, on est bien. Tu connais un bon bar dans le coin ? Sinon ya celui où on va d'habitude avec les autres de la fac, il est pas top mais la bière est pas chère."

                                  Elle commença à rassembler tout ce qu'elle avait éparpillé sur la table. Vis, écrous, pièces de moteurs et outils. Les plus petits éléments finirent dans un sac en toile, les outils retrouvèrent leur place sur la table à roulette pour le prochain qui voudrait s'en servir, et le reste fut empilé de manière à ne rien abîmer ni encombrer le plan de travail. Elle devrait tout remonter d'ici la fin de la semaine, plus réparer les composants électroniques, mais tant pis. Elle avait le temps, puis elle aimait ça.

                                  Quand elle eut fini, elle se leva pour rejoindre Ava et la suivre vers la sortie. Avant ça, toutefois, elle avait une dernière chose à faire. On réfléchissait beaucoup mieux au calme, et grâce à son calme informatique, S.I.F. avait finalement trouvé une réaction appropriée sans se laisser gagner par la panique. Quand à la mettre en application, c'était un autre problème. Elle ralentit le pas, baissa la voix et le regard, mais se lança tout de même.

                                  "M… merci, au fait. Toi… toi aussi, tu… T'es jolie. Bon, allez ! En route !"

                                  Et elle se remit à marcher comme si de rien n'était.
                                Aller à la page : 1, 2  Suivant