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Dérapage contrôlé [feat Jessie]

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    id02.01.17 3:41
    Anonymous

      « C'est elle la pute des Crows j'vous dis ! »
      « James, ce ne sont pas des façons. Mademoiselle est la collaboratrice de nos concurrents les plus... amateurs, c'est sans doute ce que vous avez voulu dire. »
      « Appellez-moi Jimmy bordel, pas James ! »

      Je savais que ça allait être une journée de merde. Je vous jure que je le savais. Déjà, quand je m'étais levée, y avait plus de café chez moi. Alors d'accord, vous allez me dire que ça j'aurais dû le savoir avant de décoller de l'oreiller, mais disons que je n'étais pas toujours extrêmement organisée concernant les courses à faire. Ensuite, un petit malin s'était visiblement amusé à dériver mon compteur d'eau et avait piqué toute la flotte chaude - et non, y avait certainement aucun rapport avec le fait que je sois rentrée de soirée en me payant le luxe d'une petite heure sous un jet à 40 degrés. Pour finir, j'avais manqué me faire renverser en traversant la rue pour prendre mon petit-déj' sur la terrasse d'en face.

      Et ils n'avaient même plus de café, eux non plus.

      « Elle a rien à foutre chez nous ! »

      Me pinçant l'arête du nez entre les doigts, je pris le temps d'inspirer un grand coup. J'étais une grande fille, après tout. Rester zen, rester calme, était un privilège d'adulte. J'allais sur mes vingt-sept ans, nom de merde.

      « Oui, alors à ce propos, il arrive juste que de temps à autres je prenne le taff qu'on me propose, hein, mais je fais pas partie des Crows... Et j'suis pas si étrangère que ça à Delta, j'ai dû faire au moins deux courses pour vous l'an passé. »
      « Certainement, le visage de mademoiselle ne m'était pas étranger. »
      « Mais c'est elle la rouquine qu'a descendu Carlos ! »

      Et c'était reparti pour un tour. Jaugeant de haut en bas le plus excité de mes deux interlocuteurs - un jeune blanc à la dégaine de hipster tombé du camion, affublé d'une moustache taillée fine et d'un informe chapeau sur ses cheveux laqués - je pris sur moi pour répondre d'une voix mesurée.

      « J'connais pas ton Carlos et j'ai descendu personne. »

      Un mensonge éhonté s'il en était, du moins pour la seconde partie de ma phrase. Quant à la première, et bien... je me rappelais effectivement d'un latino gonflé aux stéroïdes qui, il y avait six ou sept mois de ça, avait fini étranglé par une chaîne de vélo. Je me souvenais nettement de ses veines gonflées et de sa gorge distendue à en éclater.

      « Les affaires sont les affaires, et tout ce... ce cirque, est mauvais pour les affaires, James. »

      Son acolyte au ton distingué (assez insupportable, par ailleurs, mais je n'allais pas me mettre à grogner sur celui qui pouvait éventuellement, une fois dans ma vie, m'éviter de me retrouver plongée dans les ennuis) s'était accoutré d'un petit veston et pantalon assorti, un gousset aux reflets de faux argent dépassant de sa poche. J'entendais dans son accent de vagues origines anglaises.

      « Écoutez, j'cherche pas la merde moi. Tout ce que je veux c'est... »
      « C'est votre tour, là ! » apostropha un troisième énergumène, nous faisant à tous pivoter la tête dans sa direction.

      Imposant et bedonnant, composé d'autant de matières grasses que (j'y parierais la rougeur de ma crinière) d'ADN de taureau génétiquement modifié, le tenant de la piste de karting s'impatientait de me voir retenue par deux illustres inconnus alors que c'était à moi de monter en selle.

      « On s'appelle, d'acc' ? » coupai-je court à toute discussion à l'intention de mes détracteurs, me hâtant en direction du véhicule flambant neuf mis à ma disposition.

      M'installant lestement à bord, je gardais le duo en vision du coin de l'oeil. Vraisemblablement battant pavillon Delta, ils n'appréciaient pas (surtout l'un) qu'une nana affiliée aux Crows se pavane dans leur quartier. C'était la grande ironie de mon travail ; en aucun cas je ne faisais partie d'un gang, mais vivant au beau milieu de Beta et prenant souvent toutes sortes de corvées pour le compte des maffieux locaux, certains en venaient à faire l'amalgame et me ranger sous l'étiquette de corbeau.
      Et ça commençait à fatiguer mémé, ça.

      C'est un peu plus brutalement que nécessaire que je tournais la clé attachée au volant, faisant gronder ma monture d'acier. Ce n'était pas un circuit de rigolos : fidèle à la réputation de Delta, l'établissement proposait un service taillant dans le grandiose et le puissant. On parlait ici de machines plus proches du bolide que de l'auto-tamponneuse, propres à reproduire les catastrophes d'une partie de Mario Kart entre givrés du champignon. Leur lâchant un : « Hasta luego ! » crâneur en écrasant la pédale d'accélération, je m'engageais sur la piste où un œil attentif pouvait remarquer les vestiges de traces de gomme pas tout à fait éliminées.

      * * *

      « Mais vous êtes encore là ? »

      Trois quarts d'heure de pilotage effréné plus tard, je descendais de ce qui avait manqué devenir mon tombeau une demie-douzaine de fois (c'était la faute des autres conducteurs, hein) en fixant, incrédule, les deux lascars qui avaient semblait-il décidé de revenir me casser les ovaires.

      « Mon jeune compagnon aimerait vous dire deux mots et je n'ai pas pu l'en dissuader » s'excusa aussitôt d'un ton poli le milord. « Je vous laisse en tête-à-tête. »

      Et le voilà qui me saluait d'un petit hochement du bonnet bien propre avant de tourner les talons, un air guilleret aux lèvres. Son acolyte affichait un sourire mauvais des plus réjouis, mais entre nous, j'avais atteint le seuil déjà plutôt bas de ma patience.

      « Fais pas chier, ou j'te promets que tu vas finir par chialer » grondai-je entre mes dents en lui dédiant un regard noir.

      'Paraissait qu'une fois en rogne - et ça arrivait plutôt souvent dans ma vie - j'avais des yeux de chien enragé. Ben si c'était vrai, l'autre blanc-bec n'était pas très sensible à la cause animale. Le coup de poing qu'il m'asséna à la pommette fit tourner ma tête si vite que j'en perçus un léger vertige, chancelant un instant pour ne pas me retrouver les fesses par terre.

      « Carlos était parti pour une mission où Delta et les Crows devaient se partager les gains et curieusement, il est pas revenu alors que t'avais déjà eu maille à partir avec lui. Alors, qu'est-ce que tu dis de ça ? »

      L'altercation n'attirait pas vraiment l'attention. Nous nous tenions à un bord un peu reculé de la piste de karting, en plein air, où le rugissement des moteurs orgueilleux et le crissement des pneus couvraient les discussions. Et de toute façon, personne ne risquait de se mêler de ce qui ne le regardait pas. C'était la loi de Delta, et de tous les autres.

      Peut-être l'une des raisons pour lesquelles je ne pouvais foncièrement pas rentrer dans le rang des gangs. Fourrer mon nez là où il n'avait rien à foutre, c'était mon dada.

      « Que tu cognes comme une danseuse » marmonnai-je en me massant le côté de la figure.

      Répliquer dans un monastère qui n'était pas le sien c'était risquer bien plus gros qu'un simple cassage de figure. J'optais pour un compromis : celui de faire la forte tête.

      Il ne fallut pas longtemps pour que je me retrouve par terre, les côtes secouées d'une série de coups de pied rageurs envoyés avec, je devais bien l'admettre, une conviction assez flatteuse. Ce gars-là me haïssait vraiment, pour la raison futile que ma gueule ne lui revenait pas et qu'il avait décidé de me mettre la mort de son copain sur le dos. Qu'il arrive à un résultat juste ne voulait pas pour autant dire que sa méthode de calcul était bonne.

      Connard.

      La rage, la colère... Ce sont des sentiments que nous connaissons tous. Mais ce qui m'habitait le ventre, ce qui jappait avec frénésie au fond de mon être, c'était quelque chose d'un tout autre degré. D'un tout autre monde. Roulée en boule, je luttais plus pour ne pas la laisser éclater que pour ignorer les bottes meurtrissant ma peau. Ça dura une éternité pendant laquelle je maintins désespérément la bride haute à la bête qui s'agitait comme un beau diable dans mon esprit, aidée en ceci par une unique pensée que je me répétais inlassablement : « Si tu le laisses sortir, t'es foutue Angel ».

      Même les gros cons de son acabit finissaient par se lasser, et c'est ce qu'il fit au bout d'un moment. Secouée de tremblements dus à l'humeur bestiale courant dans chacune de mes veines, je restais plusieurs minutes sur le sol après que l'homme fut parti en tentant d'en calmer l'agitation meurtrière. Elle reflua lentement, péniblement, à la manière d'une salive bloquée par une boule dans la gorge.
      Je me remis d'aplomb, les vêtements froissés et même un peu déchirés par endroits. La chair mise à sang ici ou là, éventuellement bleuie, commençait déjà à reprendre son aspect normal. Putain de mutante. Je suis une putain de mutante.

      On pourrait se dire que guérir d'un bras cassé en une demie-journée, c'était le pied. C'était surtout terriblement flippant, et croyez-moi que depuis quelques mois ça allait en s'aggravant. Plus blasée que blessée par la raclée qu'on venait de m'administrer, je reniflais un bon coup et pris la direction du parking où j'avais laissé mon tacot.
      Pour tomber nez-à-nez avec une spectatrice inattendue au bout de deux pas, dans ma tranche d'âge ou presque, arborant une chevelure de feu vaguement plus claire que la mienne. Elle tenait à la main ce que j'identifiais être mon porte-feuille, sans doute éjecté de mes poches pendant la correction.

      Peut-être qu'elle avait eu droit au remake de Fight club.

      « Faites gaffe, ça dérape un peu dans ce virage » frimai-je en esquissant un sourire goguenard, pointant du pouce l'angle du circuit.
    • Invité
      Invité
      id09.01.17 13:32
      Anonymous

        Été 2016, fin d'après-midi
        Quartier Gamma, Espace Amadeus
        « Je suis attirée par ce qui dérape. Dans la vie tout est dérapage. On tente juste de se canaliser pour ne pas tomber dans la folie. Je pense que l'âme humaine est faite de dérapages contenus par des gardes-fous : la politique, la religion... » M. B.

        « Bonjour, Riley est-elle là? »

        Le type se retourna en deux temps, terminant rapido-presto de se débarrasser de ce qui l'occupait alors. D'abord, il paru m'estimer, énumérant en silence et d'un simple regard les détails de mon visage comme s'il cherchait à y comprendre qui donc pouvais-je bien être pour réclamer Riley. La bête n'était accablée que d'un sursaut de curiosité qui s'estompa promptement.
        Sans avoir répondu il s'était mis à prospecter tout autour de lui, de plusieurs coups d'œil jetés ci et là, se hissant même une fois sur la pointe de ses petons, fronçant les sourcils comme pour affûter son acuité.

        « Nah, fit-il d'abord pour lui-même, j'vais la chercher, elle doit être dans les parages. »
        A peine le temps d'un sourire spontané, cordial, qu'il avait déjà filé pour s'engouffrer dans un coin à peine plus reculé, une pièce semblable à ce que j'aurais décrit comme un garage. Meublant l'attente, j'étirais de ma sacoche une pochette toute blanche à l'exception du sigle de l'Hôpital Abraham, laquelle je déposais alors sur le bord du comptoir.


        « Yo, Jess' » me lançait-elle en s'approchant, la dégaine nonchalante et les mains fourrées dans un chiffon - d'ailleurs lui-même plus très propre - dévoué à s'essuyer d'une partie de la crasse accumulée à force de triturer la mécanique. Son camarade quant à lui était repassé un bref instant, m'adressant au passage un sourire aimable, avant de s'éclipser plus loin pour s'employer à une tâche quelconque et, certainement, nous laisser à notre conversation.

        « Salut Riley, je t'apporte les résultats médicaux de Wattie. Comment il va? » demandais-je en glissant les documents de son côté.
        « Il se remet petit à petit. Ça passera, c'est un grand garçon... Il chiale juste pour un rien si tu vois c'que j'veux dire. » Riley prit un air faussement renfrogné en prononçant ces dernières paroles.
        « Tu dis ça pour le taquiner. Il est même pas là pour se défendre, tu le sais ça? »
        Et elle me souriait alors... « Toi, comment ça va? J'vois que tu sors de chez toi, c'est bien. Toujours partante pour le concert? »
        « C'est ok ouais. Sean m'a passé un coup de fil ce matin d'ailleurs, il vient aussi. »

        Je sortais peu ces temps-ci, c'était assez indiscutable. La routine était plutôt du genre 'métro-boulot-dodo' et mes proches n'avaient aucun scrupule à me faire le reproche, notamment, de les mettre de côté. Riley s'était même prise d'affection pour les termes grotte et troglodyte, qu'elle me servait fidèlement à l'occasion de chacun de ses messages téléphoniques. Elle avait développé un certain talent pour trouver toutes sortes de punchlines gravitant autour de ce thème, de sorte à me faire entendre à quel point tout ça lui déplaisait. Je devais bien avouer qu'elle avait un mal fou à obtenir de mes nouvelles autrement que par SMS interposés. Je me trouvais toutes les excuses du monde, bonnes ou mauvaises, pour esquiver les autres contacts et ce pour une raison que j'osais à peine m'expliquer.

        De l'autre côté, Monsieur Hotkins - mon psy - avait largement insisté pour que je puisse disposer de quelques congés exceptionnels en raison de mon état de fatigue psychique, pour citer son propre langage. Il donnait l'air d'en faire tout un pataquès mais je lui accordais au fond la clairvoyance qui lui était immanquablement due.
        Et puis, je crois que je n'étais moi-même pas totalement dupe. Je lui avais spécifiquement parlé de ce sentiment auquel j'avais l'habitude de m'offrir malgré moi, en rentrant chaque soir. Je me décrivais par exemple prête à exploser de l'intérieur, en larmes ou autrement... Et il appelait ça des tourments - je n'avais même pas eu la force de me pencher assez bien sur le sujet pour lui attribuer un nom si simple - et m'avait à plusieurs reprises mise en garde de ne pas chercher à m'isoler seule, avec moi-même. Si je n'avais pas tout à fait accédé à la première demande et continuais pour quelques jours encore de travailler à Abraham, celle-ci me paraissait un peu plus accessible dans l'immédiat. J'avais de ce fait accepté une sortie avec Riley et quelques amis comme on n'en avait plus eu depuis... Un bail.

        « Super, il sera pas déçu. Dust, c'est un groupe de scène quoi... Comme il les aime. Ca va lui plaire! Et toi aussi ça va te plaire, j'sais que t'as besoin de te changer les idées. » Riley avait l'air décidément ravie de la nouvelle. Elle avait aussi l'air de s'être attendue à une énième excuse de ma part, et je ne dis pas n'avoir pas un seul instant réfléchis à cette dernière.
        « Combien il t'a payée? » me renseignais-je, joueuse, dans le but secret de dévier la conversation.
        « Quoi? »
        « Mon psy. On dirait un de ses sbires, embauché juste pour me répéter le genre de trucs qu'il me dit déjà sans arrêt. Ça expliquerait des choses... » précisais-je en me fendant d'ores et déjà d'un sourire espiègle.
        « Sans dec', j'ai cru qu'tu m'accusais de faire le tapin à un moment donné! »
        Je réfrénais à présent un rictus sonore, réarrangeant ma sacoche pour préparer mon départ.
        « Pourquoi, t'as quelque chose à te reprocher? Je peux en parler à Wattie si tu veux. »
        « ... C'est ça, vas-t'en et me fais pas chier. »

        En fait, j'étais sûre qu'elle avait aimé ce moment. Elle râlait pour la forme, c'était à peu près comme dire à un ami qu'il est con alors qu'il est, à ce moment précis, notre humoriste favoris. Je crois.
        Toujours est-il que je m'étais cette fois retournée, levant la main afin de la saluer. Quant à elle, elle m'avait répondu un truc qui, je crois, sonnait comme un « Grosse naze! »... Chacun son truc. C'était le nôtre.



        En m'éloignant j'entreprenais d'engager mes écouteurs au creux de mes oreilles, de quoi quitter prématurément le monde acariâtre de la cité et de ses activités folles, de ses foules désordonnées, pour un monde autrement plus familier et plus doux - quoique - le temps de rejoindre mon terrier. Pourtant, j'avais à peine filé la main en quête d'un baladeur à chiper de sa poche que je retirais, de l'autre, les oreillettes que je venais de passer, le pas ralentit par la stupeur d'une drôle de vision.
        Personne d'autre ne semblait avoir remarqué cette femme, plus ou moins aussi rousse que moi, délaissée, délestée de toute attention, recroquevillée sur le sol. Si elle ne baignait pas dans son sang (je crois que j'avais commencé à paniquer) elle n'avait par ailleurs aucune raison de se trouver là où elle se trouvait et je ne parvenais pas à comprendre comment son cas avait bien pu échapper à... Ça y est, mon cœur s'emballait tout à coup, suivant l'exact même rythme que celui de mes pensées. Je me sentais subitement coupable de tout et je reconnaissais là cette sensibilité désormais ordinaire, manifestée aux côtés d'une violente migraine que j'aurais seulement préférée oublier quelques jours, au moins.
        Habitée d'un tremblotement sempiternel et réellement incommodant, je pliais les jambes pour me rapprocher d'un sol que j'aurais mal digéré de rejoindre par égarement, et y ramassait au passage un portefeuille égaré, le sien, sans doute.

        Bien sûr, Riley n'était pas loin en cas de pépin... Mais j'avais tout oublié de ce qui m'entourait et ne restait plus alors que cette bulle, et moi-même, étouffée à l'intérieur.
        Il me fallu un bref instant à peine, passé dans cette position, pour calmer mes songes et retenir cette réaction disproportionnée, un instant abondamment suffisant pour m’apeurer, un instant durant lequel j'avais crains, une fois de plus, de plonger vers les abîmes d'une folie redoutable et redoutée, telle l'image que je me renvoyais systématiquement en constatant la tournure dramatique que prenait ma cervelle dans ces moments de crises soudaines.

        Une longue inspiration suivie d'un soupire - comme si j'avais eu la respiration interrompue durant ce sacré marasme, moins que pour exprimer le soulagement d'en être sortie - et je retrouvais tous mes sens. Je m'étais redressée... Les yeux rivés sur le cuir de cet item que je tenais des deux mains, et elle m'adressait quelques mots sans que je ne me sois rendue compte de son retour aux affaires.

        « Faites gaffe, ça dérape un peu dans ce virage » prévenait-elle comme si rien n'avait tout à fait eu lieu. De un à douze sur l'échelle du cocasse, un dix aurait été amplement mérité, avec une mention spéciale destinée à cette espèce d'excuse chancelante, une tentative un peu gênée, peut-être, de noyer le poisson dans l'eau ou de passer à autre chose et d'oublier un moment relativement désagréable. Pourtant, je n'avais pas pu m'empêcher de douter quant à ma propre situation. N'avais-je seulement rien imaginé de toute cette scène?

        « Merci, mais ce genre de passe-temps c'est pas mon truc à moi, rétorquais-je dans un premier temps, feignant à mon tour l'air de rien. Sympa d'avoir, disons, je sais pas, partagé l'information?... L'attention était sympa. » J'insistais d'un ton léger, déboutonné et sympathisant, ponctuant le tout d'un sourire entendu. Le meilleur des moins bons moyens de masquer son visage et ce qu'il communiquerait malgré soi. Dans ma tête, toute cette scène avait un quelque chose de ridicule, c'était dingue comme je pouvais me sentir mal à l'aise qu'elle ait eu la... Le culot, peut-être bien, de venir à moi alors que tout aurait du être inversé.

        Sans vouloir m'affranchir de la responsabilité de lui apporter du réconfort, une aide ou un soutien, de simplement lui demander si tout allait bien, j'étais comme heurtée par la stupeur de cette rencontre inhabituelle. De fond, de comble aussi.
        A bien l'écouter et à la décrire du regard, force était de constater que cette femme ne m'avait pas une seule seconde communiqué le sentiment de détresse auquel j'aurais pu répondre, et auquel je m'attendais en m'approchant originellement. Dans ses prunelles luisait autre chose que de la panique ou qu'un malaise, ou alors jouait-elle merveilleusement bien la comédie.

        « Je venais ici pour porter des documents à une amie et, en sortant, je lui tendais le larfeuille d'un geste machinal, je vous ai vue à terre. J'ai trouvé ça, j'imagine que c'est à vous. Mais, tout va bien? »

      • Invité
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        id14.01.17 10:32
        Anonymous
          « Merci, mais ce genre de passe-temps c'est pas mon truc à moi »

          Oui bah j'ai compris, on n'a pas les mêmes valeurs ! grommelai-je intérieurement en époussetant l'air de rien ma veste qui avait ramassé, semblait-il, à peu près la moitié de la poussière du circuit.

          « Je venais ici pour porter des documents à une amie et, en sortant je vous ai vue à terre. J'ai trouvé ça, j'imagine que c'est à vous. Mais, tout va bien? »
          « Oui pourquoi, ça n'a pas l'air ? J'ai juste... trébuché. »

          La mine dégagée, rictus crâneur au coin des lèvres, je tendis la main pour récupérer mon porte-feuille.

          La vie d'une méta-humaine n'est pas toujours très normale, surtout lorsqu'un fauve intérieur cohabite tant bien que mal au milieu de vos pensées. Surtout lorsqu'en effleurant l'un de ses doigts la bête s'extirpe violemment de son sommeil et hurle à la mort au fond de votre esprit, m'assourdissant d'un rugissement à moi seule audible et me faisant chanceler comme si prise de vertige.

          « Elle t'a trahie ! Elle t'a trahie ! Elle t'a trahie ! »

          Ce n'était pas précisément des mots mais plutôt la certitude d'un message haineux, brûlant de rancœur, imprimé dans mon esprit aussi sûrement qu'une presse à papier écrasant le journal du matin. Je me revoyais en d'autres lieux et d'autres temps, retenue par un mince ruban ridicule de fragilité ; un ruban entravant mon corps déchaîné face à une assistance hilare, moqueuse de mon impuissance. Et dans cette foule rendue anonyme par l'oubli, je distinguais le visage grave de cette femme.

          « Elle t'a trahie ! »

          Oui, peut-être. Il y avait bien longtemps, en une époque séculaire qui n'était pas la mienne, cette fille à la crinière brûlée avait en quelque sorte œuvré contre moi. Cette conviction irrationnelle me prenait aux tripes, induisant un sentiment bâtard de rage sourde mâtiné d'autre chose, plus proche d'une passion malsaine.

          « Elle t'a trahie ! Elle t'a trahie... elle m'a trahie. »

          Un éclat couleur d'ambre pure traversa fugacement mon regard.


          Le retour à la réalité de l'instant présent s'apparenta à sortir la tête de l'eau. Je m'aperçus que j'avais soudainement retenu ma respiration et inspirai d'un seul coup, fourrant mon bien dans ma poche en observant en coin ma vis-à-vis. Ces sensations que j'avais en surimpression de déjà la connaître, de déjà-vu, n'avaient absolument rien d'irréel pour moi. C'était la voix informe du loup en moi, le monstre tapi avec lequel je devais désormais composer. La perte lente mais progressive de mon humanité était l'épreuve la plus flippante qu'il m'ait été donné d'affronter.

          Cependant, je restais une nana qui aimait jouer avec le feu. Je voulais en apprendre plus sur mon interlocutrice : sa rencontre ne pouvait pas être une coïncidence.

          À peine me faisais-je cette réflexion que j'eus la fugitive vision de plusieurs pierres plates, gravées de symboles inconnus, rouler à terre et renvoyer l'éclat sanglant de leurs inscriptions à ma mémoire.

          « Vous êtes pressée ? Je voudrais vous payer un café pour votre geste, si euh... si vous avez le temps. »

          Je me sentais soudain ainsi qu'un chat jouant avec une souris, convaincue de ce lien que je ne saurais expliquer entre cette femme et moi. Un lien confus mais bien présent, qu'il restait encore à éclaircir.
        • Invité
          Invité
          id15.01.17 2:27
          Anonymous

            Été 2016, fin d'après-midi
            Quartier Gamma, Espace Amadeus
            « La trahison est une question de dates. » A. Therive

            Elle ne me mentait pas. Elle se contentait de dissimuler des choses...

            L'impatience et le besoin d'action tapant à la porte de ma conscience quelques secondes plus tôt s'étant éclipsés, je retrouvais mes réflexions primordiales avec une aisance rassurante. Qu'elle eut l'air d'aller bien ou non, d'avoir 'trébuché' ou non, j'acceptais au moins de lui céder l'un de mes Peut-être muets, clôturant pour l'heure un sujet qu'il m'aurait été bien difficile d'éclaircir sans son aide volontaire.
            Non pas que je me sois avouée vaincue, et accessoirement complètement dingue, mais je n'étais toujours pas assez têtue pour chercher à tirer les vers du nez de quelqu'un qui n'en souhaitait rien et qui, de toutes façons, n'avait sûrement pas besoin d'une nouvelle lutte à mener, quelle qu'en soit la nature. De plus, la seule aide que j'aurais pu lui apporter dans l'immédiat - à l'image de son larfeuille ramassé - semblait toute en mesure de se passer de quelconques rapports de situation.

            Parce qu'elle était l'espace d'un instant devenue chancelante au moment de retrouver son bien, j’empruntais une mine inquiétée. La lucidité m'amenait à ne pas creuser sur le champs ce sujet que je venais de mettre de côté, mais il m'aurait été largement profitable de ne pas la laisser repartir avant visite d'un médecin. Et je l'y aurais accompagné.
            Le second plan aurait été d'obtenir une occasion de pouvoir garder un œil (sinon les deux) sur elle, le temps, au moins, d'obtenir la certitude que ce qu'elle avait à cacher ne se manifeste pas de nouveau... Qu'il s'agisse en fait de simples vertiges ou de tout autres maux. Des individus trop fiers pour se plaindre et encore, ne serait-ce que laisser filtrer un mal-être, je n'en connaissais que bien trop. En m'effleurant de la sorte il y eut cependant autre chose, un ressenti indescriptible.

            Une paire de choses venaient de changer malgré nous, et elle encaissait un moment d'absence après lequel une inspiration symptomatique la frappa. Elle me considérait en coin. Bien évidemment, je n'avais pas perdu une miette d'elle depuis que nos regards s'étaient entrecroisés la première fois. Je continuais même en fait à œuvrer, d'une expression de concentration évidente, pour déchiffrer ses réactions, son visage et le contenu de ces perles colorées qui tentaient elles-même, pensais-je, de me dévisager.
            La joute n'aurait été que trop brève et j'allais pourtant m'en souvenir indéfiniment sans toutefois parvenir à en cerner ni la nature, ni l'étendue.

            « Pressée? Non, ça va, j'ai même vraiment le temps. Si vous saviez, oui, je crois que nous étions à ce moment là deux à brouiller les pistes, j'en connais ici même qui se réjouiraient de savoir que je ne rentre pas tout de suite »

            Un moment d'hésitation parasite s'infiltra dans la conversation, et je m'efforçais de reprendre naturellement.
            « Surtout si c'est le fait d'une rencontre, je crois »
            Si j'avais pu corriger ces mots pour les rendre un peu moins valables à quelques interprétations...
            « ... Et puis ce sera l'occasion de débattre de la nécessité de payer un café contre un porte-feuille ramassé! » Le sourire était autant pour la détente que pour le reste. Et j'étais sincère, tant dans mes paroles que par mes actes, ce geste n'aurait pas pu être autrement et il ne m'était jamais apparu dans le but d'obtenir une quelconque récompense.
            L'anecdote, pourtant, c'est que cette scène là n'avait en fait été que bien trop attendue pour n'être qu'un Rien sur la toile du Destin.

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